Nous composons nos accords autour de matières premières nobles, choisies pour leur caractère et pour leur tenue. En voici sept : ce qu’elles sont, d’où elles viennent, et les créations de la maison qui les portent. Elles se lisent comme un parfum : d’abord celles qui s’envolent, puis celle qui tient le cœur, puis celles qui restent sur la peau, et pour finir celles qui traversent tout.
D’où viennent nos matières
Les grandes aires de culture de chaque matière. Touchez un point.
Deux trésors nés de la même fleur, celle de l’oranger amer, le bigaradier. Le néroli s’obtient par distillation à la vapeur des fleurs fraîches : une essence fraîche, verte et lumineuse, légèrement amère. La fleur d’oranger, elle, est extraite pour donner une absolue plus chaude, miellée, sensuelle.
Le néroli donne son nom à la maison, et c’est l’une des matières les plus délicates à travailler. Trop dosé, il écrase tout ; trop discret, il s’efface. Au Liban, où commence notre histoire, on distille encore l’eau de fleur d’oranger au printemps : elle parfume le café blanc et les pâtisseries de Beyrouth. Lire l’histoire de Saïd
La bergamote ne pousse presque nulle part ailleurs que sur une étroite bande côtière de Calabre, où le climat lui convient exactement. Son huile s’obtient par pression à froid des zestes, sans chaleur, afin de préserver toute sa fraîcheur.
C’est la note de tête reine de la parfumerie. Pétillante, verte, à la fois acidulée et florale, elle ouvre l’accord et lui donne son éclat des premières secondes.
Le parfum de l’iris ne vient pas de sa fleur mais de son rhizome, la racine. Après la récolte, celui-ci doit sécher et vieillir plusieurs années avant que ne se développent les molécules responsables de son odeur poudrée si particulière. L’Iris pallida de Toscane en est la référence ; le Maroc cultive surtout l’Iris germanica.
Ce très long processus en fait l’une des matières les plus coûteuses de la parfumerie. L’iris apporte aux boisés une profondeur veloutée, poudrée, presque tactile.
Le bois de santal est prisé depuis des millénaires pour son odeur crémeuse, chaude et laiteuse. Le santal de Mysore, en Inde, en est la référence historique ; aujourd’hui le santal d’Australie, cultivé en plantation, prend le relais.
Excellent fixateur, il ancre le sillage. À ses côtés, le cèdre structure nos fonds. C’est l’arbre du Liban et de son drapeau ; ceux que la parfumerie distille viennent de l’Atlas, chaud et résineux, ou de Virginie, sec et net, avec ce parfum de crayon taillé.
La vanille est le fruit d’une orchidée grimpante, pollinisée à la main puis longuement séchée. Celle de Madagascar, dite Bourbon, est la plus recherchée pour sa rondeur.
La fève tonka, graine d’Amérique du Sud riche en coumarine, apporte des facettes d’amande, de foin et de caramel. Ensemble, elles composent une douceur ambrée et gourmande, jamais sucrée à l’excès.
Le musc est la note la plus intime de la parfumerie, celle qui semble se confondre avec la peau. Nous employons des muscs modernes, propres et enveloppants, qui prolongent le parfum en une aura discrète.
L’ambre n’est pas une matière unique mais un accord chaud et résineux, construit autour du labdanum, du benjoin et de la vanille. C’est ce duo qui donne à nos créations leur traîne sensuelle.
L’encens, ou oliban, est une larme de résine que le Boswellia laisse couler quand on incise son écorce : on la récolte à la main, goutte à goutte, et il en faut beaucoup. La myrrhe vient d’un arbuste voisin et donne une amère note médicinale. Le safran, lui, n’est que le stigmate d’un crocus : trois filaments par fleur, cueillis un à un.
Ce sont les matières de nos extraits les plus sombres : la fumée sèche de l’encens, l’amertume de la myrrhe, la facette métallique et cuirée du safran. Elles ne se laissent pas oublier, et c’est pour cela qu’on les garde pour le soir.