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La mosquée aux dômes bleus de Beyrouth au crépuscule

قصة سعيد

L’histoire de Saïd

L’hommage de ses deux petits-fils.

Chapitre premier · Beyrouth

Un seul parfum

Beyrouth. Un comptable aux costumes coupés sur mesure, fidèle toute sa vie à un seul parfum.

Chaque matin, Saïd quittait son appartement en chemise impeccable, dans un costume taillé pour lui, une montre fine au poignet. Toujours parfumé.

Dans l’escalier de son immeuble, son sillage annonçait son passage. À son étage, l’air en gardait la trace.

Et dans le quartier, chacun l’estimait.

Chapitre deuxième · Le canapé rouge

Beyrouth, 2007

Tsiktsik

Chez lui, il y avait un canapé rouge. Ses petits-fils, Jonathan et Muhamad, s’y asseyaient à ses côtés.

Avant de sortir, il se parfumait, assis sur ce même canapé.

Puis il les pinçait doucement, avec ce son qui n’appartenait qu’à lui : tsiktsik.

Venaient ensuite un regard, un sourire, et ses bras. Son parfum restait sur eux.

La main de Saïd tendue vers l’un de ses petits-fils, enfant, devant le canapé rouge
Archives familiales

Il appelait l’un Tatan, l’autre Hamoudi. Eux l’appelaient Siksik, en écho à son tsiktsik.

Il les emmenait aussi choisir des bonbons au petit kiosque, en bas de la rue. En costume, toujours.

Chapitre troisième · Le nom oublié

Un parfum sans nom

Après Saïd, son fils, leur père, se souvenait de son parfum. Son nom, lui, s’était effacé.

Jonathan et Muhamad vivaient déjà pour les parfums. Leurs premiers flacons, ils les ont achetés en 2022 et 2023.

Muhamad a commencé le premier. C’est lui qui a entraîné Jonathan, toujours plus loin.

Pour eux, un parfum habille, comme un beau costume. Il donne confiance.

Mais il est plus rare qu’un costume : sur la peau, il se mêle à celui qui le porte. Chaque peau est un peu différente, et personne ne le porte tout à fait de la même façon.

Une odeur légère rend aussi plus proche : celui qui sent bon paraît plus doux, plus chaleureux.

Surtout, un parfum ouvre la mémoire. On sent une odeur, et on se souvient de qui la portait, même dix ans après.

Puis la curiosité a fait le reste : les boutiques, les week-ends en parfumerie, les voyages à Oman, en Arabie saoudite, au Liban, en Syrie, en Jordanie.

Ils y ont découvert une parfumerie plus lourde, plus opulente qu’en Europe, et tout aussi attirante.

Une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus.

Chaque nouveau flacon était un petit événement. En fin de journée, les deux frères s’installaient au salon pour ouvrir les boîtes, sentir, comparer, en parler.

Leur père passait souvent à côté : « C’est quoi, celui-là ? Fais-moi voir. »

Un jour, il leur a confié que Saïd avait un parfum, un seul, mais qu’il ne savait plus lequel.

Il fallait le retrouver. Sans nom, sans aucune piste.

Alors ils ont questionné leur père. Était-il citronné ? Plutôt lavande ? Chaque réponse réduisait le champ.

Peu à peu, le portrait s’est dessiné : un parfum d’homme, à la manière du Moyen-Orient, du oud, de l’ambre.

Puis ils ont commandé, testé, fait sentir à leur père. Parfois il disait : « Pas mal. » Ils cherchaient alors plus près, et recommençaient.

Des mois durant, jusqu’à trouver, loin de l’Europe, un parfum qui lui ressemble. Ici, il ne se vend pas.

Chapitre quatrième · L’atelier

Essai après essai

Alors ils ont appris le métier, pour le recomposer.

Il leur fallait désormais apprendre à composer un parfum : le sien.

Ils ont d’abord appris seuls, pour le plaisir, puis au fil d’une formation menée par des professionnels de Grasse, la ville du parfum.

Il a fallu un an et demi, et des essais qu’on ne compte plus.

« L’espace d’un instant, il était de retour à Beyrouth, assis à côté de son père, sur le canapé rouge. »
Leur père, le jour où il a respiré leur travail

Quelque temps plus tard, leur tante a apporté du Liban le vrai flacon de Saïd, celui qu’il tenait entre ses mains chaque jour. Il était presque plein. Les deux parfums ont été comparés.

Jonathan a pris le flacon entre ses mains et l’a respiré. Il a senti son grand-père à côté de lui, avec un immense sourire.

Chapitre cinquième · La succession

D’un hommage, une maison

De Saïd à son fils, de son fils à ses petits-fils.

Ce jour-là, tout s’est accéléré : Jonathan et Muhamad ont compris qu’ils sauraient composer des parfums.

D’un hommage est née une maison : Atelier Neroli.

Fin 2024

Ce nom est celui de la fleur de l’oranger amer. Au Liban, sa distillation donne l’eau de fleur d’oranger, qui parfume les douceurs et le café blanc qu’on offre aux invités.

Un nom qui relie Beyrouth à la Riviera, où Jonathan et Muhamad composent aujourd’hui, dans un petit atelier, en Suisse.

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Au registre de la maison

Siksik

Le nom que lui donnaient ses petits-fils, pour le parfum de toute sa vie.

Sa formule reste dans la famille.

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إلى سعيد

Atelier Neroli · Jonathan et Muhamad